Story: Thioune Khalidou

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lun, 26/08/2013 - 15:01

Thioune Khalidou est un des nombreux participants aux cours de bon.  Quelques années auparavant il cheminait encore comme berger sur les plateaux de la Maurétanie.  Aujourd’hui il espère trouver son chemin à Bruxelles.  Il espère pouvoir lire et écrire le plus rapidement possible. « Courage.  Fatou m’a pris à avoir courage et à le garder. »

Qui ? Thioune Khalidou
Vient de : la Maurétanie
Age : 29
En Belgique : depuis 2011
Trajet d’intégration civique à bon : 2012-2013

“It is not the strongest of the species that survives, nor the most intelligent that survives. It is the one that is most adaptable to change.”

Thioune, j’aimerais m’adresser à toi en me servant des apostrophes poétiques du poular. Je m’en tiendrai là : j’ai entendu plein de belles choses à ton sujet et je suis heureuse de pouvoir t’interviewer.  Peux-tu m’en dire un peu plus sur ta vie en Maurétanie ?
J’habitais à Gorgol, dans le sud de la Maurétanie.  J’y étais berger.  Ma famille possède des chameaux, des ovins et des vaches.  Je n’ai jamais été à l’école.  Je travaillais sans cesse, ne rien faire n’existe pas dans ma culture.  Nous nous occupons des gens et des bêtes du matin au soir.  Je m’y suis marié , ma femme s’appelle Faty.  Nous avons un fils Moussa et une fille Habib.  Mon père est mort.  Ma mère vit encore à Gorgol avec mes deux plus jeunes frères.

Pourquoi  as-tu quitté ton pays ?
En Maurétanie les Peuls sont encore toujours objets de discrimination.  Il y a abus de pouvoir de la part des dirigeants politiques. On vole le bétail, les gens sont harcelés et chassés de leur terre.  Il est difficile d’y vivre en tant que Peul.  Je me suis enfui vers la côte et ai fait la traversée en bateau vers l’Europe.  Finalement, je suis arrivé à Bruxelles.  Je n’y connaissais personne mais j’ai rencontré des gens prêts à me donner des renseignements.  Un Sénégalais m’a emmené au Petit Château.  J’y ai résidé de juin 2011 à février 2012.  J’y ai rencontré d’autres Peuls, ce sont eux qui m’ont emmené à bon.  J’ai longtemps figuré sur la liste d’attente parce que j’étais analphabète et ne m’exprimais qu’en poular.

Entretemps tu as assisté au cours d’orientation sociale (MO = maatschappelijke oriëntatie) chez Fatou.  Quels en sont tes souvenirs ?
« Courage ».  Fatou m’a appris à avoir courage et à le garder.  J’ai beaucoup appris.  Il était très important pour moi de pouvoir suivre les cours en poular.  Mon français n’est pas bon, je l’ai appris d’autres réfugiés au Petit Château.  Fatou m’a appris l’histoire de la Belgique, ce qu’est l’intégration, à quelles organisations je peux m’adresser lorsque j’ai besoin d’aide.  J’ai beaucoup appris sur la culture d’ici.  Nous avons visité Gand.  Mon monde s’est drôlement agrandi.  J’ai tout appris de bon.  Grâce à bon je fais du bénévolat à Soeppunt.  J’y aide dans la cuisine, je fais la vaisselle et distribue la nourriture.  Le travail en cuisine m’a donné assez de confiance en moi pour me lancer dans une formation horeca.  A Soeppunt j’ai fait la connaissance de Tine.  Avec elle j’ai l’occasion de pratiquer le néerlandais en dehors du cours.  Il n’est pas facile d’apprendre le néerlandais à Bruxelles où l’on parle toutes les langues.  Je fais de la course à pied avec bon to run et ai couru 20 kilomètres avec Vluchtelingenwerk.

Qu’est-ce qui ta paru le plus étrange à ton arrivée à Bruxelles ?
Les grands bâtiments.  Les chemins sous terre, le métro.  Je me disais : « comment font tous ces gens pour savoir où aller dans tout ce chaos ? »  Il est également étrange qu’ici tous les gens sont égaux.  Tout un chacun a le droit et la possibilité de s’adresser à quelqu’un d’autre.  Ce n’est pas du tout la même chose en Maurétanie où chacun a sa place.  En Belgique les gens sont directs, disent ce qu’ils pensent, chez nous cela est impossible.  Ici j’ai également appris que les gens ne sont pas obligés de se battre parce qu’ils sont différents, parce qu’ils parlent une autre langue ou qu’ils ont une autre couleur de peau ou…

Que veux-tu dire aux personnes qui, comme toi, arrivent en tant que réfugiés en Belgique ?
En tant que nouvel arrivant tu ne dois pas te sentir gêné pour dire ce que tu sais faire ou pas. Ici on te donne l’opportunité d’apprendre.  Je veux apprendre beaucoup.  Je veux rattraper mon retard.  J’ai déjà travaillé pendant six mois dans une ferme biologique, autrefois j’étais berger.  Maintenant je sais que j’ai plus de possibilités.  J’aimerais pouvoir lire moi-même les lettres que je reçois, sans aide extérieure.  J’aimerais travailler dans le secteur horeca.  En tant que nouvel arrivant il faut s’adapter à la situation dans laquelle on atterrit.  Tu peux rester qui tu es mais tu ne dois pas imposer ta culture là où tu arrives. Je peux m’attabler à une terrasse avec des gens qui aiment  siroter une bière sans en boire une moi-même.  Je peux servir de la viande de porc sans en consommer moi-même.  La religion est dans ton cœur, dans la manière d’être avec les autres et non pas dans les habitudes alimentaires ou autres…

Thioune, lorsque je te regarde je te vois déambuler avec ton troupeau sur les plateaux maures, avec le soleil comme horloge et point d’orientation.  Comment vit-on sans horizon lointain, entouré de tout ce va-et-vient ?
Je suis nostalgique et mélancolique, ma famille et mon pays me manquent.  Je sais que ma vie là-bas est devenue impossible et je veux tirer le meilleur parti de ma vie ici.  Mais j’ai besoin de travail.  Les deux mois de vacances sans leçons me semblent un trou noir.  C’est très difficile.

Avec mes remerciements  à Marianne Buyck et Mohamed Jalloh, interprète.