Story: Omid Akbari

Published on
ven, 06/12/2013 - 15:08

Omid, l’optimiste invétéré au sourire radieux.  En 2010 ce jeune Afghan quitta l’Iran et vint en Belgique.  Après des années d’incertitude, sa demande d’asile a été agréée.  Par la musique, la poésie et le bénévolat il démontre qu’il est plus qu’une personne avec ou sans papiers. «  Tu sais ? Ce n’est pas le permis de séjour qui détermine qui tu es.  Beaucoup de gens commettent cette erreur d’appréciation. » Par Awet Desta Aregawi

Qui?  Omid Akbari                                                                                                  
Vient de: l’Afghanistan                                                                                            
Age:
26 ans                                                                                                        
En Belgique depuis:
2010                                                                                           
Trajet d’intégration civique à bon:
2013                                                                       

Comment était ton arrivée en Belgique?                                                                                                                                           
Je suis arrivé en Belgique en 2010.  En tant que demandeur d’asile j’ai d’abord résidé dans un centre près de Liège et puis à Dinant.  Vers le début de 2011 j’ai dû déménager à Waasmunster.  Au bout de six mois à peu près ma demande d’asile a été rejetée.  En 2012 j’ai introduit une nouvelle demande d’asile comportant de nouveaux éléments.  En attendant j’ai résidé dans une résidence de transit à Bruxelles. Ma demande a été rejetée une deuxième fois. «Never give up!» est mon crédo.  Avec mon avocat je suis allé en appel.  Il est vrai que pendant 4 à 5 mois j’ai été un illégal.

L’hiver 2012 a été rude, non?
Oui, il a fait très froid.  Heureusement je m’étais fait des amis qui m’ont offert un endroit où dormir.  Mais j’avais du mal à accepter cette aide.  Parfois je prétendais que tout allait bien.  En principe, le fait de prendre le train sans ticket me posait problème.  Mais je n’avais pas l’argent pour le payer.

Pendant cette période difficile j’ai rencontré plein de bons amis.  Des amis qui me soutiennent aussi pendant les jours sombres.  Tu sais?  Le permis de séjour ne détermine pas qui tu es.  Beaucoup de gens font cette erreur d’appréciation.

Comment es-tu arrivé dans «ton petit château», le nom que tu donnes au Petit Château?                                       
Après l’hiver le Commissariat Général pour Réfugiés et Apatrides m’a envoyé vers «mon petit château».  Au début c’était difficile.  Plus tard j’ai fait la connaissance de plusieurs résidents et je me suis mis à la musique: piano et tabla (instrument de percussion indien).                                                                                

C’est alors que tu as abordé le trajet d’intégration civique à bon.  Quelle a été ton expérience?
Très bonne.  A bon j’ai appris avant toute chose que des personnes d’origine diverse doivent apprendre à se respecter mutuellement.  En classe nous nous sommes beaucoup écoutés.  J’ai aussi appris à relativiser.  Beaucoup de collaborateurs bon sont multilingues.  Cela m’inspire.  En farsi on dit de laisser tomber le «N» de non.  En farsi «Nmitavanam» signifie «je ne peux pas».  Sans le «N» cela veut dire «je peux».

A la fin du cours d’intégration civique, j’ai demandé à mon accompagnatrice comment me rendre utile pendant les mois d’été.  C’est ainsi que j’ai rejoint votre projet jeunes Masir Avenir.  J’ai travaillé pendant deux mois à la cafétéria et acheté des fruits pour les jeunes.  Entretemps j’ai aussi aidé comme bénévole au recrutement de nouveaux candidats étudiants sur les marchés.

Tu sembles avoir un agenda bien rempli.  A quoi ressemblent tes journées?
Le lundi je participe à un atelier de poésie au Petit Château.  Parfois j’y écris des poèmes ou je traduis des textes farsi en anglais.  Le mardi il y a une répétition de musique avec Globe Aroma.  Le mercredi je participe à une activité de cirque de Foyer.  Le jeudi je chante à Bozar avec Globe Aroma.  Grâce à ces activités j’ai rencontré de nombreuses personnes, Belges et non-Belges.  Pendant le week-end je me prélasse dans mon petit château.

Parlons un peu de l’actualité.  Suis-tu la situation des demandeurs d’asile afghans?
Il va sans dire que j’ai beaucoup d’empathie pour la situation des autres demandeurs d’asile.  En Iran et en Afghanistan il n’y a pas de liberté.  Je ne comprends donc pas comment on peut renvoyer ces gens vers de tels pays.  On les envoie tout droit dans la gueule du loup.

Ce n’est pas sans raison que les gens viennent en Belgique.  Quitter son pays, sa culture, sa famille n’est pas un choix qui se trouve en tête de liste.  A moins de ne pouvoir faire autrement.  En outre, j’ai vu beaucoup de misère tout au long de mon itinéraire vers la Belgique.  L’écart entre la vie et la mort était ténu.  Je ne comprends pas que certaines personnes s’imaginent que nous avons pris tous ces risques dans le seul but d’obtenir de l’aide de la C.P.A.S..  Cette aide est d’ailleurs limitée dans le temps.  J’ai envie de travailler et de payer des impôts.  Je n’ai pas quitté ma très chère maman afin d’obtenir de l’aide pécuniaire ici.

Récemment tu as reçu une bonne nouvelle: ta demande d’asile a été agréée.  Quels sont les plans?
En Iran j’ai travaillé dans le domaine de l’électricité.  J’aimerais également faire des études de travailleur social.  J’estime que mon expérience de réfugié peut être utile.  Il faut que j’approfondisse la question.

Après l’agrément il faut quitter le Petit Château dans les deux mois.  C’est un problème.  Mais je j’appelle cela un «doux problème».  Vivre en tant qu’illégal est autrement compliqué.

J’admire ton optimisme
(Omid sourit)