Interview avec des immigrés de longue date : Imane, Krasi, Kristopher et Sam

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jeu, 30/04/2015 - 10:19

bon ne s’adresse pas qu’aux primo-arrivants : ces dernières années de plus en plus d’anciens immigrés suivent le trajet en intégration sociale et civique tels que Imane, Krasi, Kristopher et Sam qui habitent en Belgique depuis 5,7 ou 10 ans.  Certains immigrés de longue date suivent ce trajet dans le but d’obtenir la nationalité belge, là où d’autres sont avant tout à la recherche d’un réseau social ou d’un emploi. Par Marianne Buyck en Liesbeth Sacré

 
Imane, Krasi, Sam & Kristopher

Imane Ait Abbon  vient du Maroc et a obtenu le diplôme en recyclage des déchets en France.  Krasimira Jorgova est collaboteur administratif plurilingue venant de Bulgarie.  Samruddhi Palaye est une artiste visuelle indienne.  Kristopher Uyi  Guobadia était directeur de banque et est en passe de devenir manager en Belgique.  Nous avons interviewé ces quatre personnes concernant le bonheur et les frustrations ainsi que sur le trajet en intégration pour anciens immigrés.

Etes-vous heureuse à Bruxelles ?

Sam : bonne question .  Disons que je m’y sens mieux depuis peu.  Au début c’était difficile.  Peu après mon arrivée je me suis fait voler mon portefeuille et un peu plus tard notre nouvel appartement a été cambriolé.  Je craignais les pickpockets et les voleurs.  Mon mari et moi ne connaissions personne capable de nous rassurer.  Je me sens plus à l’aise depuis ma rencontre avec bon.  Après sept années !  Grâce au cours d’orientation sociale ma vision de bon nombre de choses a changé. Mais surtout : maintenant j’ai des amis qui m’appellent et que je peux appeler en cas de besoin.

Krasi : mon parcours en Belgique a débuté à Knokke-Heist.  Pour moi c’était le paradis.  Tout y était petit.  Les gens n’y mettent pas de rideaux aux fenêtres.  Il y fait calme, les gens y sont calmes.  Peu après mon arrivée j’envoyais des photos idylliques à mes amis : photos de personnes à vélo ou assis à une terrasse… J’appris un peu de néerlandais et estimai que cela suffisait.  Plus tard je suis arrivé à Bruxelles et là c’était le choc !  Tant de cultures, de langues, de chaos… Ce n’est qu’au bout de quelque temps que j’en vis la richesse et appréciai la manière dont les Bruxellois s’accommodent de cette pluralité.  A présent j’aime ce cocktail.  Mais cela eût été plus facile si j’avais découvert bon plus tôt.  Vous accordez  une place au plurilinguisme.  Un Bulgare comme moi qui s’adresse à bon peut suivre le cours en bulgare.  Il n’est pas obligé de parler le néerlandais ou le français avant de pouvoir s’y retrouver.  Malheureusement vous êtes une exception.  Dans la plupart des services la langue reste un obstacle.

Percevez-vous la langue comme source de problèmes, de frustrations ?

Imane : je peux comprendre que la langue soit une source de problèmes.  Je suis arrivée à Bruxelles via mon mari.  J’ai étudié en France.  Je considère le français comme une seconde langue maternelle.  J’ai un master en gestion des déchets, une discipline importante par les temps qui courent.  Mais la langue reste un obstacle.  J’ai mis du temps à comprendre qu’il est indispensable de parler et d’écrire en français et en néerlandais pour trouver un emploi à mon niveau.

Kristopher : J’étais banquier au Nigéria, un pays aux langues multiples.  Je ne comprends pas pourquoi les Belges considèrent la langue comme un problème et non pas comme une chance ou un défi !  Ce pays peut être une vraie catastrophe pour une personne qui n’en parle pas les langues.

Sam : En Inde nous avons une attitude opportuniste vis-à-vis de la langue.  Nous essayons de comprendre le client potentiel.  Ici tu poses une question en anglais et on te répond : »Reviens quand tu parleras notre langue ».  Ce mot d’ordre vaut pour le travail.  En Inde tu commences à travailler quelque part et tu apprends  le langage dont tu as besoin sur le tas.  Ici tu dois d’abord connaître la langue avant qu’on ne daigne s’intéresser à ton diplôme.

Krasi : La langue inspire la confiance et cela vaut aussi bien pour les Belges que pour les primo-arrivants et les immigrés de plus longue date.  Mes compatriotes veulent que je les accompagne chez le docteur.  Je vois naître des enfants de femmes que je connais à peine.  Pourquoi ?  La future maman ne veut pas être seule pendant l’accouchement vu qu’elle ne peut pas parler avec le docteur.  Les primo-arrivants perdent aussi de l’argent vu qu’ils ne connaissent pas le fonctionnement de la mutualité, parce qu’ils ne connaissent pas les formules avantageuses du transport public, parce que d’autres profitent de leur désarroi…

Imane : Au cours des cinq années que je vis en Belgique j’ai appris la plupart des choses par moi-même, avec des hauts et des bas.  Cela m’a en effet coûté beaucoup d’argent.  On ne trouve pas toujours la réponse adéquate sur internet.

Imaginez que vous donnez un cours d’orientation sociale (OS) à un groupe d’anciens immigrés : que garderiez-vous et que changeriez-vous au cours ?

Imane : Je n’ai pas suivi ce cours : j’ai participé au test de dispense que j’ai réussi.  J’ai néanmoins un accompagnateur de trajet qui est prêt à répondre à toutes mes questions : comment trouver une bonne école pour mon enfant, que faire de mon enfant pendant les vacances… J’ai aussi suivi quelques ateliers concernant le système scolaire en Belgique, l’équivalence des diplômes et le bénévolat.  En écoutant Krasi, Sam et Kristopher  je suis tentée de m’inscrire (sourit).  Peut-être serait-il judicieux d’organiser un cours d’orientation sociale plus court pour des gens comme moi, ce qui laisserait plus de moyens pour des cours pour primo-arrivants.

Krasi : Pour moi tout était parfait comme c’était.  Les immigrés de longue date et les primo-arrivants formaient un seul groupe.  Les immigrés de longue date peuvent  aider les autres étudiants à s’orienter.  Les sujets que les primo-arrivants et les immigrés de plus longue date veulent aborder sont plus ou moins les mêmes, seules les questions concrètes diffèrent.  Il me semble que c’est une bonne idée d’organiser des ateliers autour de l’emploi pour des personnes qui habitent en Belgique depuis un certain temps.

Sam :  Je suis moi aussi partisan de groupes mixtes : immigrés de longue date et primo-arrivants, jeunes et vieux… Un cours adapté aux expatriés salariés serait le bienvenu.  Ces derniers sont d’ailleurs  confrontés  à des problèmes spécifiques que l’enseignant n’a pas le temps  d’aborder pendant le cours.  En ce qui me concerne le cours pourrait durer beaucoup plus longtemps. 

Kristopher : Je ne changerais rien au cours.  J’ai suivi des cours de français et de néerlandais au cours des années passées mais je n’y ai pas appris ce que j’ai appris ici.   En dix ans je n’ai pas trouvé les informations que j’ai obtenues ici en quelques semaines.  Les visites sont très importantes, elles pourraient même être plus nombreuses.  Le transport mérite l’intérêt qu’on lui porte pendant les cours.  Je connais beaucoup de gens  habitant depuis belle lurette à Bruxelles qui se déplacent toujours à pied.  Ils appréhendent le transport public car ils ne savent pas comment se procurer un ticket aux automates.  Ils ne sont pas à même de lire les instructions.  Ils n’osent pas demander de l’aide faute de parler la langue.  Ils s’enferment dans leur quartier et dans leur communauté.

Sam : Ce n’est pas simple.  Il y a tant de services différents : Le Tec, De Lijn, la Stib, la MIVB, NMBS, SNCB… Et tous ces différents tarifs !  Par ailleurs, certaines personnes n’ont pas besoin du transport en commun, hein ?  Il y a des gens qui à leur arrivée à Bruxelles sont attendus par un taxi. (sourit)

Kristopher : Oui, mais toi t’es riche ! (sourit)

Sam : Tout ce que je veux dire c’est qu’il y a toutes sortes de gens arrivant à Bruxelles et qui s’adressent à bon pour des motifs différents.  S’adresser à des primo-arrivants et à des immigrés de plus longue date ayant tous des expériences et des perspectives différentes représente donc un véritable défi.

Merci Imane, Krasi, Kristopher et Sam.