Eric Corijn au sujet de 10 années d’intégration civique à Bruxelles

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lun, 09/12/2013 - 13:54

En 2014 bon fête son dixième anniversaire.  Quel est le bilan de dix années d’intégration civique à Bruxelles et qu’attendez-vous des dix années à venir?  C’est la question que nous avons posée à Eric Corijn, fin connaisseur de Bruxelles et professeur émérite en géographie sociale et culturelle à la V.U.B.

Quel est votre regard rétrospectif sur dix années d’intégration à Bruxelles?
Corijn : Le débat concernant l’intégration en Flandre est tiraillé entre deux points de vue.  D’une part l’intégration est un signe d’accueil.  C’est une façon d’offrir aux primo-arrivants l’opportunité d’apprendre à connaître la langue et les us et coutumes du lieu d’atterrissage.  D’autre part, l’intégration civique dénote également le caractère plus ou moins autoritaire de l’intégration.  Les primo-arrivants sont priés de se fondre au plus tôt dans un paysage qui apprécie particulièrement son identité et s’accommode assez mal des différences.  C’est la raison pour laquelle la Belgique francophone s’est toujours montrée réticente vis-à-vis de l’intégration obligatoire.                                                                                                                                                                                                 

Ces circonstances ont indubitablement laissé leur empreinte sur le débat et la mise en pratique bruxelloise.  L’acceptation générale d’une telle politique d’intégration a demandé beaucoup de temps au sein de la Région de Bruxelles-Capitale.  En même temps l’intégration bruxelloise-flamande a dû s’adapter au contexte spécifique.  D’ailleurs, Bruxelles est une ville multiculturelle, officiellement bicommunautaire où, du point de vue sociologique, la communauté flamande ne constitue qu’une minorité de la population.  Cette pratique bruxelloise protéiforme a néanmoins mis à jour un trésor d’expériences et de connaissances pratiques.  J’ai le sentiment que ce n’est que maintenant que le temps est mûr pour réfléchir, partant de cette diversité, à ce que l’intégration à Bruxelles doit signifier.

Qu’attendez-vous de l’intégration à Bruxelles dans les dix années à venir?
Corijn : Je vois deux défis.  Avant tout l’intégration doit être perçue comme une offre positive.  Cette dernière doit être délestée des débats idéologiques adjacents où une xénophobie latente et une approche répressive se trouvent souvent en  toile de fond.  Il est certain que notre société ne facilite pas l’intégration.  L’accès au marché du travail, aux droits politiques, aux commodités, aux médias est assez discriminatoire.  J’espère que les communautés flamande et francophone rassemblent leurs expériences positives afin d’arriver aux meilleures pratiques.  Je souhaite également une action future beaucoup plus ferme à l’encontre des expressions ouvertes ou latentes de racisme dans notre société.  J’espère ensuite que l’intégration aille au-delà de «l’intégration dans l’une des deux communautés officielles» et se mette à réfléchir à ce que signifie devenir membre d’une société urbaine dans une petite ville internationale.  Une ville n’est pas un pays, une ville est une société post-nationale. Ceci doit susciter des visions particulières.  A ce sujet, la discussion peut aussi inclure l’enseignement, l’art, la culture et le bien-être.  Il nous semble pouvoir tabler sur un élargissement des esprits dans les dix années à venir.

Quels sont vos vœux pour bon en 2014?
Corijn : Je lui souhaite grand succès !  De disposer d’assez de capacité et de moyens pour satisfaire la demande.  Et aussi d’assez de temps et d’énergie pour mettre en œuvre son expérience propre et son savoir-faire afin de réaliser un vrai projet bruxellois qui va à l’encontre de toutes les tendances vers l’apartheid.