10 années bon : entretien avec Sofie et Rachid, collaborateurs bon

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ven, 18/07/2014 - 11:22

Sofie travaille depuis 10 ans à bon, Rachid depuis 8 ans.  10 années bon du point de vue de deux collaborateurs bon , une accompagnatrice personnel et un enseignant orientation sociale (MO).

Quelles sont vos activités au sein de bon ?

Rachid : Je suis prof orientation sociale, c.à.d. un facilitateur qui aide les nouveaux venus à  comprendre aisément la société belge.  J’essaie de les amener à prendre conscience de leur situation actuelle et à faire des choix judicieux pour leur futur.

Sofie : En tant qu’accompagnatrice personnel  je garde la supervision sur toutes les étapes du trajet d’intégration civique : orientation sociale, cours de néerlandais, orientation aux projets de vie.  Les étudiants peuvent me poser toutes sortes de questions.  Il va de soi que je ne connais pas toutes les réponses adéquates (sourit), je leur apprends comment et où ils peuvent les trouver.  Il arrive fréquemment qu’ils les trouvent auprès des partenaires bon, des organisations amicales et des services.

Cela fait 10 ans que Sofie travaille à bon, Rachid lui y travaille depuis 8 ans.  Votre travail a-t-il changé ?

Sofie : Le centre de gravité du job reste identique.  La quantité a augmenté, les groupes se succèdent à un rythme plus soutenu.  Il y a dix ans je connaissais très bien tous mes étudiants.  Je travaillais en profondeur et avais une image claire des défis et du parcours de tous mes étudiants.  A quelques exceptions près, cette image a disparu.  Ces exceptions concernent les étudiants qui sollicitent eux-mêmes des rendez-vous.  Heureusement  cette restriction de temps n’a pas que des conséquences négatives.  Nous persévérons dans la recherche de plus d’efficacité,  de professionnalisation et d’une meilleure organisation du travail.

As-tu perçu une différence à ton retour à bon en 2012 au bout d’une année de crédit d’heures ?

Sofie : Le public avait changé .  Au cours des premières années nous accompagnions beaucoup de personnes dont la demande d’asile avait été acceptée.  Nous les aidions dans la régularisation de leur statut de résident, dans leurs contacts avec le CPAS, dans leur recherche de domicile. A présent nous rencontrons beaucoup d’Européens et des personnes qui viennent dans le cadre de l’obtention de la nationalité.  La majorité d’entre eux vit d’un minimum vital payé par la caisse d’allocations de chômage ou par le CPAS.  Ces personnes sont incitées à trouver au plus vite un emploi, ce qui impacte notre travail.

Rachid : La crise financière a changé notre public et a impacté de façon profonde le tempo à bon. Avant, les enseignants disposaient de plus de temps pour le développement du matériel didactique : modèles de cours, apprentissages  par le jeu, exercices.  L’ensemble des cours était adapté au groupe-cible et aux développements sociaux.  A présent il reste peu de temps pour répondre à des besoins spécifiques.  Le remaniement majeur pour les professeurs  concernait l’introduction de la méthode Climo, l’apprentissage coopératif dans un environnement multiculturel.  Mes collègues et moi avons tous bénéficié d’un enseignement  traditionnel où le professeur fait face aux étudiants et transmet sa connaissance.  Le passage vers la méthode Climo a été une révélation pour moi.  A présent je travaille avec un éventail de méthodes et offre à mes étudiants l’opportunité d’apprendre les uns des autres et de booster leur propre parcours d’apprentissage.  En tant qu’enseignant j’ai moi aussi besoin de l’aiguillon de la nouveauté, de moments de créativité.

Est-ce important pour vous de continuer à veiller vous aussi à la qualité ?

Sofie : 50% des étudiants bon s’adressent à nous par le biais du bouche à oreille.  Le nombre d’inscriptions présente un rapport direct à la qualité. bon  veille de manière constante à mener à bien les trajets et le soin accordé aux étudiants débute par le soin accordé au personnel. Les accompagnateurs de trajet et les enseignants se sont penchés de manière intense sur le cadre intégré des buts à atteindre dans le cadre de l’intégration sociale et civique et de l’adéquation des buts à atteindre dans  toutes les parties du trajet.  Nous misons également sur le coaching et le feed-back positif.  Au cours des dix années passées nous avons parcouru un itinéraire intensif en ce qui concerne le contenu du programme.

Apprenez-vous de vos étudiants ?

Rachid : Travailler à bon c’est un peu voyager ! Un cours orientation sociale se donne au carrefour des cultures et des traditions.  Je rencontre des gens venant des quatre coins du monde.  Ils m’invitent à visiter leur pays.  Je pourrais faire le tour du monde comme hôte de la famille de mes étudiants.  Je ne l’ai pas encore fait et ne sais donc pas si «je recevrais réellement tout » de leur famille. (sourit)                                   

Sofie : J’apprends à mieux me connaître grâce à mes étudiants.  Les gens s’adressent depuis dix ans à moi avec leurs histoires, leurs plaintes, leurs façons de vivre.  Il me semble que mon jugement fuse plus vite après toutes ces années.  A présent nous voyons davantage de personnes qui vivent depuis belle lurette en Belgique et vivent d’allocations.  Il est parfois difficile de ne pas préjuger.  On ne sait jamais ce qu’une personne a  vécu et comment  il ou elle le vit.  C’est pourquoi j’essaie de rester « neutre » à chaque fois.  J’analyse mon jugement de façon consciente et crée de l’espace pour accompagner chaque étudiant  dans son trajet.  C’est un apprentissage sans fin.                                                                                                              

Rachid : Certains étudiants intraitables m’ont fait grandir en tant qu’enseignant.  Je me souviens comme si c’était hier d’un étudiant d’il y a 7 ans.  Un homme bourré de frustrations cherchant querelle avec tout le monde, moi y compris.  En tant qu’enseignant inexpérimenté je lui accordais trop d’attention, ce qui était néfaste pour le groupe.  Eric, notre directeur, m’a conseillé de réagir immédiatement, de mettre le holà à une situation qui risquait de déborder.  Il  m’est arrivé récemment d’avoir un étudiant agressif dans le groupe, je suis resté poli tout en  lui faisant clairement savoir quelles étaient les limites à ne pas dépasser.  A la fin du cursus l’étudiant est venu me remercier en disant : « Qu’as-tu fait de moi ?  Tu m’as changé, tu as fait bouger beaucoup de choses en moi ! ».  Mon cœur d’enseignant s’est dilaté.  J’ai senti pourquoi je fais ce que je fais.

Imagine-toi bon dans 10 ans, en 2024.  Que faut-il garder, qu’est-ce-qui peut être amélioré ?

Sofie : J’espère que bon, sous l’autorité de l’EVA (AEA Agence Externe Autonomisée), au sein d’un grand ensemble, saura préserver le mode d’approche d’une petite organisation.  J’espère que nous pourrons préserver notre identité, notre marque de fabrique et notre structure.

Rachid : bon a injecté beaucoup d’énergie dans le rayonnement de l’organisation.  bon jouit d’une réputation auprès des organisations partenaires et des communautés à Bruxelles.  Et Bruxelles n’est pas la Flandre.

Sofie : Ce qui distingue Bruxelles c’est le multilinguisme ainsi que le grand nombre de services et d’associations bi- ou multilingues.  A mon avis, cette disparité ne constitue pas un problème.  Bien au contraire, grâce à cette hétérogénéité Bruxelles est une ville qui offre plein de possibilités , e.a. aussi à ceux qui veulent s’intégrer.  bon peut développer sa fonction d’intermédiaire entre les candidats à l’intégration et les organisations bruxelloises ainsi qu’entre les organisations bruxelloises elles-mêmes.  Bon nombre d’organisations nous demandent de collaborer avec elles, les CPAS, les syndicats, les CAW, les A.S.B.L. de petite taille, les centres culturels,…bon peut être l’instigateur qui réunit des personnes et des organisations et les fait travailler ensemble.

Rachid : « L’imagination aux commandes ! », à Bruxelles aussi.  J’aimerais mettre davantage en lumière le caractère innovant de bon où des gens d’origine diverse collaborent efficacement ensemble.  L’atmosphère à bon est excellente et sa lumière rejaillit sur le visage des étudiants.  Beaucoup d’entre eux viennent de pays où une seule culture s’affiche.  Au Maroc on rencontre des Marocains et  des touristes.  En Irak on rencontre des Irakiens… A bon les étudiants rencontrent des gens venant de tous les continents et ils remarquent qu’on y travaille, rigole et fait la fête !  L’impact de bon sur les étudiants en ce qui concerne l’approche de la diversité est donc difficilement quantifiable.  A Bruxelles personne n’est obligé de s’intégrer  mais il me semble que la majorité des étudiants et ex-étudiants sautent le pas à court ou long terme et comprennent qu’il vaut mieux voir la richesse plutôt que les limitations de la différence.   


Rachid en Sofie avec des collègues